D’un végétarisme non-militant

Je range le végétarisme parmi les moyens pratiques de l’autarcie – puisqu’il est plus simple et plus économique de produire des légumes plutôt que de se procurer des protéines animales.

Cela étant, j’habite à la campagne, et mes voisins qui me battent de plusieurs longueurs en matière d’autarcie, se nourrissent en élevant et en tuant coqs, poulets et lapins.

Pour ma part, je m’en tiendrai à l’élevage de poules pour la ponte.

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Reste que végétarien, je veux rester anarque. Le militantisme n’est pas compatible avec une conception négative de la vérité. Bien que végétarien, je ne milite donc pas pour le végétarisme.

Il faut d’abord dire, histoire de s’ajouter quelques ennemis, qu’il y a parmi les militants d’insupportables bobos vegies. Et ce sont ces gens-là, qui, le plus souvent, développent un discours radical et moralisateur pour expliquer aux éleveurs ou aux pêcheurs – des populations quand même sérieusement éprouvées, très loin des planqués de la com’ et de la créa’ – qu’ils  « n’ont qu’à » changer de métier. Je ne veux rien avoir à faire avec ces donneurs de leçons. Ils desservent la cause qu’ils croient défendre.

D’ailleurs, je ne me fais guère d’illusion : il y a sans doute un paradoxe à vouloir défendre la bio-diversité ET à être végétarien, compte-tenu du nombre d’espèces qui ne sont maintenues que pour l’alimentation (voir par exemple certains chevaux). Si tout le monde fait comme moi, ces espèces seront certainement menacées. Cela étant, plus le temps passe, plus ce paradoxe s’affadit puisque la standardisation du goût, les économies d’échelles et les choix de productivité maximale ont amené ces dernières décennies une réduction considérable de la diversité des produits alimentaires : on ne trouve guère de variétés de pommes dans les grande surfaces (celles que j’ai dans mon verger sont en voie de disparition), et il en va de même des variétés de vaches, de chèvres et de poules – la poule noire du Berry a été sauvée in extremis par une association…

A table en collectivité, je ne consomme pas de viande ou de poisson, réponds le cas échéant aux questions que cela soulève, mais je n’en profite pas pour faire la leçon à mes convives, ne demande pas de menu particulier et suis fort embêté lorsque mon hôte se met en quatre pour me proposer un autre accompagnement à mes légumes (ce qui reflète d’ailleurs une grande incompréhension de sa part : un végétarien, précisément, ça se contente de légumes!).

Pour être complet sur ce point, on peut donc être végétarien sans être un ayatollah :

– on est végétarien parce qu’on peut l’être. C’est un luxe. Si je mourrais de faim, je mangerais de la viande. Si j’étais inuit, je mangerais de la viande. Si je n’avais pas de potager, être végétarien, plus encore avec un maximum de produits « bio » serait sûrement plus coûteux ou plus compliqué.

– je ne renie pas mon statut d’omnivore ; je mange du fromage et des œufs. Et même, très occasionnellement (disons une fois tous les mois, ou tous les deux mois, ou lorsque les obligations sociales font qu’il serait très difficile ou carrément grossier de faire autrement), je mange un plat très légèrement carné.

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Quand même, quelques précisions. Bien que je ne milite pas :

– je n’en nourris pas moins un colossal quoique silencieux mépris pour la mentalité de jouisseur hypocrite et irresponsable qui consiste chez les mangeurs de bête morte à « ne pas vouloir voir ça » ou « savoir » parce-que « ça leur coupe l’appétit ». Tant qu’il consomme ce qu’il tue, j’ai plus de sympathie pour le chasseur, qui, lui, assume son statut de prédateur

– en ce qui me concerne, pour les cas de torture délibérée par amusement, comme on en voit dans cette vidéo de L214, les individus en cause méritent ni plus ni moins de subir ce qu’ils ont infligé.

Soit dit en passant, mon sentiment est identique pour ces médiocrités culturelles que sont la corrida (j’applaudis à chaque fois qu’un taureau crève un toréo…  Ça vous énerve, hein ? tant mieux !) et, quoique j’adore le son du cor, la chasse à courre où la bête est immangeable. Ah, la chasse à courre. Toutes ne sont pas ainsi, mais je me souviens d’avoir pu observer de mes yeux une chasse à courre se transformer en transhumance de snobinards aussi vaniteux qu’équeutés, et plus sots que leurs chiens – le genre à demander, avec décrauchement de mââchoire, et sifflantes chuintées s’il-vous-plâ : « Oh, vous châssez ? Et vous sonnez où » ?…

Cela posé, je ne suis pas un militant anti-chasseurs.

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Le végétarisme est un choix qui m’appartient et que j’ai fait pour plusieurs raisons, qui sont les mêmes que pour la plupart des végétariens ou végétaliens de ma connaissance et sont donc d’une banalité crasse. Je vais maintenant les expliquer, mais je ne vous force ni à les lire, ni à les accepter.

La première raison est morale et tient aux conditions d’élevage et d’abattage.
A ma connaissance, un abattage « humain » – tel qu’évoqué par Sepp Holzer, ou tel que rêvé par les textes législatifs, n’existe pas à ce jour. A ma connaissance également, il faut se méfier de ce que l’on qualifie de bête « élevée en plein air ».
Je trouve très appropriée cette phrase de L214 selon laquelle « la viande heureuse, ça n’existe pas ». Il n’y a qu’à entendre des vaches auxquelles on a retiré leurs veaux pour s’en convaincre.
A titre personnel, je refuse autant que possible de tirer ma subsistance et plus encore du plaisir de la consommation d’animaux qui ont été torturés.

C’est la principale raison. Je pourrais faire davantage d’entorses à la règle si j’avais la certitude que l’animal n’a pas été le plus souvent élevé et toujours abattu dans des conditions ignobles et ne participe pas d’un système où d’autres animaux sont abattus dans des conditions ignobles.
Je refuse de cautionner un système où l’on écrase vifs des poussins sur des tapis roulant.

Un système où l’on enferme les veaux à peine nés là-dedans : http://www.curioctopus.fr/read/8909/toute-la-cruaute-de-l-elevage-industriel-resumee-en-une-seule-photographie-terrifiante

La banalisation de la mort animale industrielle, parfaitement acceptée dans notre société tant qu’on n’avait pas à la voir (l’histoire dira si les scandales en cours vont changer les choses) est une régression morale par rapport aux peuples traditionnels, qui remerciaient l’animal pour son sacrifice, ou rendaient hommage à ses mannes.

Au deuxième rang, arrivent des raisons qui tiennent à la santé de la planète et à la mienne. L’élevage est une source massive de gaz à effets de serre. Selon les études et les chiffrages, de 13 % (comme les transports) à… plus de 51 % des émissions de GES proviendraient de l’élevage. Ne plus manger de viande m’apparaît dans ces conditions un comportement environnementalement responsable.

Quant à ne plus manger de poisson, c’est une simple question simple bon sens. Les hommes sont ni plus ni moins en train de vider les mers – LA raison pour laquelle, non, je n’adopterai pas le régime alimentaire japonais par ailleurs délicieux.

Pour ce qui est de l’impact sur la santé, voyez l’OMS (http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2015/cancer-red-meat/fr/) ;

La troisième raison est liée à la recherche d’autonomie. Je ne m’y attarde pas, ayant dit ce que j’en avais à dire.

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