apostille à une erreur

deux mots, absolument inutiles, d’explication sur ceci.


j’avais prévenu d’une humeur potache
il faut dire que « tout cela » commence à chercher son souffle
(et comble d’agacement, devoir à titre professionnel
récurer l’auge des Curiaces et pé-cho une laie dirimante
m’empêche de potager au soleil, d’écrire,
ou de me consacrer à d’autres projets au long cours,
obsessionnels mais compliqués, un chouïa)
et puis il y a le printemps…

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fin de partie

A de rares exceptions près, qui tendent à se raréfier, mes amis sont des amis de longue date.
Et eux aussi tendent à se raréfier.

Il paraît que c’est un des signes du vieillissement, de limiter ses interactions sociales.

Mais comme un autre signe de vieillissement est la réduction de sa sphère d’intérêts et d’activités et que ma sphère d’intérêts et d’activités souffre à la fois d’un renouvellement constant et d’une expansion perpétuelle, je me rassure.

Et puis il y a aussi le fait qu’on apprend avec le temps :

que la vie est une machine à séparer les gens.

Et qu’il vaut mieux ne rien attendre d’eux, car il existe trop de personnes infiniment décevantes – des personnes que l’on aime, certes, non moins infiniment, au point de faire avec ; de réviser à la baisse les attentes que l’on a d’elles, et qui même ainsi déçoivent et déçoivent encore, dans une chute par paliers qui ne se termine pas, si bien qu’est acquise à moment donné cette certitude : il n’y a RIEN à attendre d’elles. Peu importe, ça n’empêche pas de les aimer. Il y a aussi, bien que rarissimes, des cas contraires, solides comme des rocs ; j’y viens.

En revanche, l’un des vrais signes du vieillissement est qu’autour de soi, les gens que l’on aime commencent à partir. « Partir ». Sainte-Euphémie, puisses-tu rôtir en enfer. Ils ne partent pas, ils meurent.

Cela posé, voici cette histoire que je veux garder en mémoire.
Pour moi, elle recèle beaucoup de leçons et je sais que je n’ai pas fini de les tirer.
Je la partage au cas où d’autres peut-être, y trouveraient quelque chose. Je ne sais pas.

*   *
*

Il y a de cela 30 ans, il y avait Miliouchka. Une merveille de fille aux yeux noisette, qui parlait en grec antique à son chat, et dont, après avoir été l’ami – une des deux, trois, quatre ? pas plus en tous cas, vraies rares relations poétiques de ma vie –, j’étais devenu l’amant-amoureux-fou.

Et la meilleure amie de Miliouchka, une chinoise du nom de Ne-Tsing, (peut-être avec Miliouchka la personne la plus naturellement littéraire que j’aie rencontrée – l’une est devenue éditrice, l’autre auteur), avait aussi son amoureux. Un type étrange, tout mince, aussi grand que j’étais nain, avec des yeux un peu brillants, les ongles généralement en deuil et une barbe à la Raspoutine. DR-C3 était en maths sup bio.

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psychopathie onirique

Γνῶθι σεαυτόν.

Voilà qu’après plus d’un mois d’absolu mutisme, à me demander même comment j’ai pu écrire, un jour, plus de deux mots, une série de rêves ineptes et dont je me serais volontiers passé me fait repenser à tout ce qui suit.. et reprendre la plume.

Du chautauqua remonter à la question et de la question, aux mauvais songes.

*

Chautauqua

i.e. se répandre un peu pour y voir clair :
Γνῶθι σεαυτόν :

autant que possible ne pas se mentir, ni mentir tout court. Éliminer, avec les malentendus, ce ridicule miroir à deux faces que chacun brandit comme bouclier entre lui-même et autrui ; ou du moins, n’en restreindre par nécessité le port qu’au strict monde professionnel, et aux relations les plus extérieures de la société.

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in memoriam

Mon chautauqua.

Hervé est mort. Je ne le connaissais pas ; ou plutôt, je le connaissais fort peu bien que nous ayions longuement hanté les mêmes lieux, et ayions eu en commun nombre d’amis ou de fréquentations. On se connaissait de vue, à peine ; je ne lui ai jamais dit mon prénom et je ne connaissais le sien que parce qu’il était le chanteur de Wallenberg. En fait, je crois que sur ces décennies, nous n’avons pas échangé plus de 50 mots. La dernière fois que je l’ai croisé, c’était avant un concert de Wallenberg au Supersonic ; Hervé avait une canne et, je crois, sortait de l’hôpital. J’avoue : je n’étais pas là pour Wallenberg, qui n’a jamais fait partie de mes groupes préférés, mais pour Little Nemo – et pour sourire en écoutant AinSophAur. Je n’ai jamais su ne pas sourire, en voyant AinSophAur sur scène.

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La mélodie des choses

Mon chautauqua se mêle ce matin de citations. Mais avant, pour poser le décor, ou… le problème, un morceau que j’apprécie beaucoup :

A partir de là, un constat et une frustration.

Constat : je suis, et définitivement, des enfants du rock, et de ses dérivés dysphoriques, ou, éventuellement, expérimentaux. Mais me laissent de marbre et glace l’essentiel de la musique dite électronique, et la quasi-totalité de l’histoire musicale du XVIe au XIXe siècle. Mon hérésie et parfois ma honte : oui aux chants d’extase d’Hildegarde ou de la Sibylle ; et flûte, enchantée soit-elle, même à Mozart, Bach et Ravel. Ce n’est pas faute d’avoir essayé ; j’admire, mais cela me reste étranger.

D’où sont nés, les pays de karst sont arides, des gouffres abyssaux dans ma culture générale. Je me souviens m’être fait sévèrement rembarrer lors d’un de ces entretiens de cooptation qu’on appelle pudiquement « grand oral » pour avoir ignoré ce jeu de mot : Verdi fait Victor Emmanuel Rei d’Italia. La belle affaire : l’acrostiche me laisse encore plus froid que ses opéras.

Ma frustration : outre de chanter juste mais comme une casserole rayée, ne rien connaître de la musique, de la musicologie, des tonalités, du solfège et n’avoir pas reçu à la naissance ce merveilleux cadeau qu’est l’oreille absolue. J’en aurais su quoi faire.

Du coup, ma promenade dans un monde magique -avec l’impression connue du spéléologue dérobant à la nature la splendeur de concrétions vouées à l’obscurité et normalement hors de l’atteinte humaine – : lire Leoš Janáček.

A ceci près que, si j’ai quelques clartés sur la formation des stalactites, leurs couleurs, le nombre d’heures durant lequel la goutte d’eau doit rester en suspens pour faire naître une colonne harmonieuse, les mots de Janáček me sont parfois abscons comme les machines fantastiques d’une industrie disparue, dont j’ignorerais procédés et objet. Avec la possibilité que mes ignorances chargent un jargon d’une poésie qu’il n’a pas. Qu’importe. Et tout béotien que je sois, je peux du moins goûter l’indépendance d’un esprit qui se moque des Boileau et Bouhours.


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« c’est les pompiers, pour les calendriers »

Mon chautauqua, encore.

Contradictions. Chez un être humain, une cohérence complète de la représentation du monde porte un nom : la psychose. Il faut donc accepter les incohérences. Parmi les miennes : en étant un misanthrope intransigeant et soupe-au-lait (doux euphémisme), m’entourer assez généralement de personnes paisibles, sensibles et altruistes ; ou encore : être pompier volontaire.

Histoire de poser le décor… Je suis pompier dans un village de 300 âmes (plus quelques petites communes avoisinantes). Des âmes en général âgées. Des âmes qui n’ont en majorité pas un rond. Les couples retraités ici ont en général 700 euros pour vivre ; et certains agriculteurs encore actifs s’en sortent avec environ 300 euros par mois. Dans ces conditions (qui me changent de mes eaux habituelles –  clients, étudiants, famille ou compagnons de beuveries…), tous ces prétendus « concepts » soit-disant ‘survivalistes’ ou ‘écolo’ – l’autosuffisance, l’autoconsommation, l’autoconstruction – relèvent juste de la pratique et de la débrouille quotidienne, mais ce n’est pas de ça que je veux parler.

Non, pour aujourd’hui, pendant que le souvenir est encore vif, je veux fixer sur le papier le fruit d’une journée de tournée pour les calendriers(1). Je sais que les médecins, les ambulanciers, les aide-soignants vivent cela tous les jours ; je n’entends donner aucune leçon, formuler aucun jugement. Je livre simplement les choses telles que je les ai (donc : subjectivement) vécues.

 

*

*  *

D’un an à l’autre, le rituel est immuable. On met l’uniforme, on prend la pile de calendrier, une voiture, et le porte à porte commence. Les chiens aboient quand on arrive, commencent par grogner puis se radoucissent quand les maîtres nous accueillent. On est dans 80 % des cas invités à entrer, dans 70 % des cas on nous propose, selon l’heure et l’hôte, un verre, un café, un chocolat. Échange rapide : le calendrier contre une somme variable ; un brin de causette et au-revoir, meilleurs vœux. Oui, on espère ne pas vous revoir avant l’année prochaine. Et on recommence.

Tout est dans le brin de causette. Lire la suite

L’heure navajo

J’ai cité ailleurs Tony Hillerman sur la conception navajo de la richesse, à laquelle j’adhère totalement. Cela faisait bien longtemps que je souhaitais le citer sur la conception navajo du temps. Je saisis donc l’occasion d’éclairer une sombre histoire de myrtilles pour le faire.

« (…) ce qui, pour moi, est le plus difficile à comprendre, et c’est également extrêmement difficile à comprendre pour les autres Indiens c’est [la] manière [qu’ont les Navajos] de considérer le temps. Ils ne le voient pas comme nous en tant que concept linéaire, en tant que mouvement constant allant toujours dans le même sens. Pour eux, ce n’est pas un continuum, un mouvement régulier. Ils se le représentent sous la forme de blocs. De rencontres. Et par voie de conséquence, des mots comme « en avance » ou « en retard » n’ont pour eux aucun sens. Car si Joe doit voir Pete, le moment de leur rencontre est celui où ils se rencontrent et personne ne peut être ni en avance ni en retard… Et cela rend fous les indiens qui vivent alentour (…). Les navajos ne sont jamais là où ils sont censés être. Les autres indiens appellent cela ‘l’heure navajo’, ce qui signifie ‘Dieu sait quand’ »(a)

Quelques commentaires, pour moi-même et sans idée de manœuvre.

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Images

Les psy-trucs partagent avec les sociologues et les biologistes des siècles passés la passion de la taxonomie. Prenez les phobies : ils ont un nom, plus ou moins joli pour chaque phobie.

Quoique. Ont-ils un nom pour la phobie de quelqu’un qui redouterait les seules épeires mais se moquerait de croiser une tégénaire ou un faucheux des placards ?

De même, ont-ils un nom pour certaines compulsions photographiques ? Celles qui font que je continue, non que je ne peux pas m’empêcher de filmer ou photographier certains sujets, ou de chercher un appareil si, par exception, je n’en ai pas sous la main. Lire la suite

Au cœur des ténèbres

Une des mélodies de mon chautauqua. de toutes, la plus pop et kitsch certainement, et pourtant, pas celle qui me touche le moins.

Étrange comme j’avais pu entendre des milliers de fois ce morceau d’une oreille distraite, haussant vaguement les épaules pour ses licences sémiotiques (d’où les ailes du clair de lune reflèteraient-elles les étoiles ?) ou ses aberrations géographiques, avant d’y trouver des pistes dont les perspectives ne me lâchent plus – et des miroirs aussi où me hantent les reflets de Kurz, ceux de mon fantôme.

« I hear the drums echoing tonight
But she hears only whispers of some quiet conversation
She’s coming in, 12:30 flight
The moonlit wings reflect the stars that guide me towards salvation
I stopped an old man along the way
Hoping to find some old forgotten words or ancient melodies
He turned to me as if to say
« Hurry boy, it’s waiting there for you »
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