Crucifier Narcisse

Le Prince de Machiavel ne l’emporte que si on le laisse faire au-lieu de le traiter comme il se devrait. Je relève chez Frans de Waal :

« Dans les sociétés égalitaires, les hommes qui essaient de dominer les autres se heurtent à un travail de sape systématique, et la fierté masculine s’attire la réprobation. (…) De même le candidat au rôle de chef qui croira pouvoir dicter aux autres ce qu’il doivent faire s’entendra dire sans ambages que ses grands airs sont à se tordre de rire. L’anthropologue Christophe Boehm a étudié ces mécanismes de nivellement. Il a découvert que les chefs qui devenaient tyranniques, pratiquaient l’autoglorification, ne redistribuaient pas les biens et négociaient avec les gens de l’extérieur à leur propre avantage perdaient le respect et le soutien de leur communauté. Si les tactiques habituelles – la raillerie, les commérages et la désobéissance- échouent, les égalitaristes ne répugnent pas à prendre des mesures extrêmes. »



Frans de Waal, Le singe en nous, Paris, Librairie Arrthème Fayard, 2006. Réed. Coll. Pluriel 2011, 323p. (p.97-98) Trad. Marie-France Paloméra

 

 

A faire : se procurer les publications de Christophe Boehm.

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Bonne conscience

On croirait le narcissisme d’une reine de conte.
– Miroir, mon beau miroir, dis-moi : quel est le pays le plus civilisé de ce monde ?
– La France, ô ma Reine ; oh, pardon, la France, ô Mariane.

C’est ainsi : l’Hexagone se veut pays des Lumières et aime à dispenser au monde son cours de philosophie classique. A se gargariser d’être le pays des droits de l’homme. Quitte à exporter sa sapience, tout fraîchement acquise, dans le sang des guerres napoléoniennes. Quitte à donner des leçons à ceux qui meurent de faim – sur le travail des enfants, par exemple. Notre jingoïsme à nous ; le fardeau de l’universaliste – avec la question de savoir s’il est moins condescendant au fond et dans sa formulation que ne l’était chez Kipling celui de l’homme blanc…

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DNG : déviance narcissique généralisée

Parlez-moi de moi ; il n’y a que cela qui m’intéresse. L’évêque d’Hippone avait tout dit. Deux amours, deux cités – l’amour de soi jusqu’à l’oubli de Dieu a fait la cité terrestre, les institutions iniques des hommes.

– STOP.

J’aurais comme dans l’idée que le mal était fait à la seconde où les hommes se sont détournés des forces multiples, concrètes et inhumaines de la nature, et se sont retranchés derrière les murs de leur cité (de leur culture) pour vénérer une unique divinité à la fois beaucoup plus lointaine et beaucoup plus humaine : puisque perfection centrale et créatrice inscrite dans l’éternité, mais humaine tout de même – Christ l’a prouvé – dont nous ne sommes que les pâles images. De ce point de vue, il est impossible de ne pas envisager le christianisme comme un humanisme : un système où l’homme vénère une idée de l’homme. Parménide encore.

Pardon, Augustin ; mais je te l’emprunte et je rectifie, plus en accord avec ma pensée : un seul amour a fait une seule cité : l’amour de soi jusqu’à l’oubli des dieux a fait la cité terrestre, et nous y pataugeons toujours. Plus que jamais.

Il a simplement fallu le temps – quelques siècles – pour que cela pénètre bien les esprits ; se démocratise, descende des cerveaux lettrés jusque dans les cerveaux crétins, passe insidieusement de l’anthropocentrisme à l’égocentrisme, de l’humanisme… aux réseaux sociaux.

Et maintenant – tada ! – je suis partout. Je colle ma pomme à gauche et à droite.

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