Carbon

C’est initialement l’avant dernière phrase de cette tirade, leitmotiv du film, qui avait retenu mon attention, tant elle me semble exacte, loin des préoccupations de ce film : politiquement exacte, dans une société amnésique où l’histoire longue pèse à plein.

En le revoyant à la recherche de la citation… exacte, je suis tombé sous le charme et la pertinence du passage entier.

« You wanna know the common element for the entire group ? (…) Carbon. In pencil led, it’s in the form of graphite and in coal, it’s all mixed up with other impurities and in the diamond it’s in hard form. Well… all we were asking was the common element (…) but thank you for all that unnecessary knowledge… ahhh, Kids! Full of useless thoughts, eh? » Thank you. Thank you.

And the book says: « We may be through with the past but the past is not through with us. »

And NO, IT IS NOT DANGEROUS TO CONFUSE CHILDREN WITH ANGELS. »

Extrait du film Magnolia. – Paul Thomas Anderson – 11/10/98 – Joanne Sellar/Ghoulardi Film Company production

PS : Il faut savoir gré à Paul Thomas Anderson d’avoir su déceler des diamants parmi la vulgarité de la mine de charbon dans la cité des anges ; et se souvenir que la datation par isotope de carbone ouvre la meilleure fenêtre qui soit sur le passé – un abîme.

Je précise malheureusement ne pas croire, contrairement à ce que ce film suggère, qu’en ce monde les salauds soient un jour rattrapés par leurs actes ; à moins que, conformément à ce que ce film suggère, cela n’arrive qu’avec la fréquence des pluies de grenouilles.

Amen.

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Prophylaxie culturelle

De tout puissant, l’on – la société, de sa masse à ses esprits les plus éclairés – pourrait et devrait à vrai dire ne retenir que l’infâme. Car l’envie même de s’élever présuppose la conscience de sa propre médiocrité ; consubstantielle de l’individu dès le plus jeune âge. L’infériorité d’un être se mesure à ses rêves de grandeur.

Dans l’enfance de tout « puissant », il y a un morveux trépignant : « quand je serais grand, je serais président de la république » ; humilié de n’être pas davantage : un faible ; un ego qui a besoin de reconnaissance : un faible ; un traître qui ne dit pas ce qu’il pense : un faible ; un lâche qui joue de sa force pour s’imposer : un faible. Rien n’est plus infondé que ce terme de « puissant ».

Je fais reproche à Jünger d’avoir fait d’Eumeswill une uchronie, lui permettant de définir l’anarque par rapport à la figure du Condor ; et du Condor un tyran d’opérette, trop beau pour être vrai.

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Champs de forces

Une citation croisée au détour d’un ouvrage de Denis Richet, à propos du caractère insaisissable de l’absolutisme français.

L’historien montre qu’existe sur ce sujet trois problèmes que l’on devrait à mon sens appliquer à (presque?) tout phénomène historique : un problème de définition, un problème de périodisation, mais aussi un problème de rapports entre théorie et pratique politique.
Il précise ainsi ce troisième problème:

« Ces difficultés [à cerner l’absolutisme] (…) tiennent, selon moi, au fait que trop souvent l’on néglige d’éclairer les rapports entre théorie (et par théorie, j’entends non seulement les définitions juridiques mais les justifications idéologiques et l’environnement socio-culturel) et pratique politique. Comme tout système, celui qui régit la France du XVe au XVIIIe siècle était un champ de forces mouvantes où s’interpénétraient les tendances de l’évolution économico-sociale, les courants intellectuels et religieux, les exigences de certains choix politiques. Ni une construction harmonieuse et logique, ni un magma irrationnel, mais la résultante de forces en perpétuelle mutation ».

Une grande vérité, en effet généralisable, et que perdent très rapidement de vue la plupart des analyses de la société contemporaine. A garder en tête à titre prophylactique face à tous les pondeurs de systèmes interprétatifs simplistes, une espèce ovipare invasive, présente dans toute conversation sur « la politique », et fréquente chez les historiens.

Denis Richet : La France moderne : l’esprit des institutions, Flammarion 1973 (rééd. Coll. Champs Histoire 2009).