Eurêka… ou pas

Parmi mes lectures de l’été, Manuscrit trouvé dans une baignoire.

Hmmm. Il y a chez Thomas de Quincey, ce passage de Sortilèges et astrologie(1) où l’auteur explique avoir dans son bureau une baignoire à manuscrits…. juste avant, si je me souviens bien, l’histoire de Cochon-dans-le-valon (je n’y peut rien, Quincey non plus). Pardonnez cette entrée en matière qui n’a pas grand chose à voir avec mon collage ou avec ce qui suit mais le parallèle m’a frappé.

« La destination originelle de cette baignoire avait été détournée et je m’en servais accessoirement comme réservoir à manuscrits : emplie à ras-bord de papiers de toutes sortes et de toutes dimensions. Tout écrit de moi, à moi, pour moi, ayant rapport à moi, contre moi, enfin, peut se trouver dans ce répertoire après d’impossibles recherches ».

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Poêles à frire

mon chautauqua revient à Kerouac ;

(ce n’est pas comme revenir à un point de départ, dont je suppose qu’il se situe quelque part après la révolution, quand, selon les mots de cette chère Codrina Pricopoaïa, « ce putain de monde » avait déjà commencé à « devenir si bourgeois » (1) et que l’on en a pris conscience, soit vers l’exaspérant Ernest Coeurderoy, poeta minore bien-sûr ; les sources sont toujours modestes et diffuses, ce qui ne les empêche pas d’avoir leurs nixes, mais c’est un autre sujet)

revenir à Kerouac parce que l’étape est facile et chaleureuse ;
et que je programme de passer mon été à des kerouakeries,
beaucoup sur la route ;
enfin, quand dès que, à la seconde où j’en aurais fini avec quelques (gros) brico-chronoph-ages et du courrier en retard ;

et puis parce qu’il y a chez Jack, si non des merveilles,
en tous cas des passages à même d’émouvoir profondément un rejeton de la génération x finissante par ce qu’ils verbalisent et explicitent de ce qui, chez nous successeurs, s’est sans doute endogénéisé, fait axiome implicite,
comme un acquis se fait inné…

je veux dire, des passages comme celui-ci, qui, au chapitre premier donne le ton de ce qui va suivre jusqu’à Big Sur :

« (…) the only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like fabulous yellow roman candles exploding like spiders across the stars and in the middle you see the blue centerlight pop and everybody goes «Awww!» What did they call such young people in Goethe’s Germany ? »

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négation, rêve, et plus si affinités

Lawrence Durrell ; peut-être mon Britannique préféré.
Son Faust irlandais est un bijou dont on pourrait extraire presque une citation par page.
Ici, en quelques lignes : la foudroyante articulation de plusieurs thèmes pour moi essentiels.

« MARGUERITE : Ainsi, d’une manière ou d’une autre, on doit se changer en réceptacle, se purifier dans les négations, jusqu’à ce que le vide dont la nature a horreur, soit comblé par cet élan qui balaie les catégories de l’esprit ? Mais ce havre de grâce, alors, ne peut être découvert que dans le rêve!
FAUSTUS : Splendide !
MARGUERITE : Oui, mais est-il possible de rêver sans changer le monde entier ?
FAUSTUS : Le monde intérieur ou le monde extérieur ?
MARGUERITE : Les deux. N’en forment-ils pas un seul ? Et là, je vous cite. »

Lawrence Durrell,Un Faust Irlandais, moralité en 9 scènes. Paris Gallimard. Trad : F.J Temple.1974

taortue

Enfin ! en réouvrant inopinément Tchouang Tseu, je retrouve enfin ce passage sur lequel je souhaitais remettre la main depuis quelques années, tout en ne sachant plus chez quel taoïste je l’avais lu.

Histoire de dire que de l’anarque au taoïste, il n’y a qu’un tout petit pas. Celui peut-être de la sagesse à « acquérir » – ce qui est mal dit, car il s’agit à l’évidence d’un renoncement… « supplémentaire ». Amusant comme notre langage peine à exprimer le dénuement.

Alors que Zhuang-zi pêchait dans la Pu, le roi du Chu lui envoya deux émissaires annoncer qu’il voulait lui donner une charge. Gardant sa ligne en main, sans même se retourner, Zhuang-zi dit : « J’ai ouï dire que le Chu possède une tortue sacrée morte il y a trois mille ans, que le roi la garde enveloppée dans une corbeille, cachée au sommet du temple des ancêtres. Cette tortue préfèrerait-elle être morte et avoir ses restes honorés, ou vivre en traînant sa queue dans la boue ? » Chacun des émissaires répondit qu’elle préfèrerait vivre et traîner sa queue dans la boue. Et Zhuang-zi dit « Partez ! Je traînerai ma queue dans la boue ».

Tchouang Tseu- traduction de Jacques Laffite – Paris, Albin Michel 1994. Chapitre XVII, la Crue d’automne.

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pour des bulles

pour avoir fait des bulles de savon
vous serez châtié

ordre imbécile
rébellion enfantine
personne n’en sort vraiment grandi

et pourtant

bulles de savon
de l’eau, des sels minéraux
un souffle – on sort de la matrice

un souffle et du vide
emprisonnés dans une enveloppe fragile
simple et vain miroitement
dérivant, si vite éclaté

et l’on ose se gargariser
économie, métaphysique, société
quand c’est un souffleur
qui dicte les discours…

bulles de savon :
memento mori
les philosophes
plus que tout autre
devraient se taire
suspendre, pécores, leur péroraisons
et méditer

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De l’écologie de la vie au sacré de la signification

Il faut vraiment lire, relire plusieurs fois, l’excellent article de Tim Ingold : « Culture, nature, environnement. Vers une écologie de la vie »(1).

Qu’il soit clair que je ne prétends pas ici résumer cet article – trop riche et trop dense, trop fécond et passionnant en tous cas pour ma perspective ; mais plutôt l’utiliser, dans cette perspective que je reconnais sans problème très différente de la visée anthropologique et méthodologique d’Ingold, pour développer l’un des points que personnellement j’y vois illustré – et/ou que j’en retire, je ne sais trop.

Cela commence ainsi.

« Lorsque l’on poursuit des rennes, il arrive souvent un moment décisif au cours duquel l’un des animaux prend subitement conscience de votre présence (…) reste cloué sur place et vous regarde fixement dans les yeux. (…) Les biologistes expliquent que ce comportement est une adaptation à la prédation des loups. (….) Pour les Cree, si les rennes (ou Caribous comme on les nomme en Amérique du Nord) sont si faciles à tuer, c’est parce que l’animal s’offre lui-même intentionnellement dans un esprit de bonne volonté et même d’amour à l’égard du chasseur. »

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Métabolisation

Bon ap’

La capacité de métabolistion du système de domination actuel, ou, si l’on veut se donner des airs intellectuels, la façon dont il a endogénéisé la dialectique pour, au moins dans une certaine mesure, annuler l’histoire, ou tenter d’annuler l’histoire (y voir clair entre ces hypothèses n’est pas mon objet ici) en est probablement un des aspects les plus sinistres.

J’ai pris la photo qui précède par amusement et intuition, en ne réalisant ce que j’étais en train de faire qu’ensuite. Ici, la critique du produit culturel standardisé, une fois imprimée et reliée par une maison d’édition qui fait ce que font les entreprises (maximiser la sommes des profits futurs actualisée de leurs actionnaires et/ou maximiser l’égo et la rémunération de ses dirigeants…), livrée depuis une plate-forme logistique à un libraire ou pire à la fédération nationale d’achat des cadres (nausée, mais oui, les jeunes, c’est ce que veut dire fnac), et soigneusement rangée à côté de Priestley, Benjamin, Anders, Debord et Baudrillard devient un produit culturel standardisé parmi les autres.

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