… de rien…

[ note ]

sophrosunê – ne rien attendre [faut-il préciser : que la deception ? des muses ? de poétique ? des gens ? d’humain ? des humains ? ]

[étonnante récurrence, chez ceux que l’on remercie – relègue au rang des morts après CQFD -, de cette surprise en reproche : je croyais que tu n’attendais rien (formulation équivalente : mais je n’ai rien promis)

  1. non et j’avais bien raison (equiv. : non, et tu avais bien raison)
  2. ne rien attendre ne veut pas dire que l’on ne tire pas les conséquences de ce que tu fais ou ne fais pas. ]

hic : l’hic et nunc, sa corruption ?? « Nul et non avenu ».

bof

à cultiver : ne pas avoir trop d’empathie non plus pour les poissons rouges et les lapins

apostille à une erreur

deux mots, absolument inutiles, d’explication sur ceci.


j’avais prévenu d’une humeur potache
il faut dire que « tout cela » commence à chercher son souffle
(et comble d’agacement, devoir à titre professionnel
récurer l’auge des Curiaces et pé-cho une laie dirimante
m’empêche de potager au soleil, d’écrire,
ou de me consacrer à d’autres projets au long cours,
obsessionnels mais compliqués, un chouïa)
et puis il y a le printemps…

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tic, tac

Citant Hillerman, j’ai déjà évoqué ce qui ne me plaît pas du tout dans ce qui me semble être la conception du temps dominante de notre société.

Je tombe sur une autre perle, dans un autre polar à prétention peut-être ethnique : la série australienne, se-laissant-voir -sans-plus (mais c’est déjà énorme au vu du niveau moyen abyssal des débilités netflicoprimiques), Mystery road.

Dialogue entre un bushman et une archéologue empressée à découvrir des vestiges du pléistocène australien.

« – Why ‘re they so important to you ?
– They let me see into deep time.
– Deep time ? There’aint no such thing as time. Time helps you white fellows to measure something  you’ve no control over. »

Il y a quelques cultures sur lesquelles deux-trois lectures anthropologiques sérieuses m’ont données de vagues lumières. Les bushmen australiens n’en font hélas pas partie, et je suis donc absolument infoutu de savoir si, ce propos reflète leur pensée ; ou s’il leur est attribué comme caricature télévisuelle d’une pensée philosophico-archaïque telle que peut se la représenter une équipe de scénaristes, et telle que l’attend un public occidental-citadin.

Cette deuxième hypothèse est bien sûr la plus vraisemblable.

N’empêche que l’observation me semble d’une vérité assourdissante.

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fin de partie

A de rares exceptions près, qui tendent à se raréfier, mes amis sont des amis de longue date.
Et eux aussi tendent à se raréfier.

Il paraît que c’est un des signes du vieillissement, de limiter ses interactions sociales.

Mais comme un autre signe de vieillissement est la réduction de sa sphère d’intérêts et d’activités et que ma sphère d’intérêts et d’activités souffre à la fois d’un renouvellement constant et d’une expansion perpétuelle, je me rassure.

Et puis il y a aussi le fait qu’on apprend avec le temps :

que la vie est une machine à séparer les gens.

Et qu’il vaut mieux ne rien attendre d’eux, car il existe trop de personnes infiniment décevantes – des personnes que l’on aime, certes, non moins infiniment, au point de faire avec ; de réviser à la baisse les attentes que l’on a d’elles, et qui même ainsi déçoivent et déçoivent encore, dans une chute par paliers qui ne se termine pas, si bien qu’est acquise à moment donné cette certitude : il n’y a RIEN à attendre d’elles. Peu importe, ça n’empêche pas de les aimer. Il y a aussi, bien que rarissimes, des cas contraires, solides comme des rocs ; j’y viens.

En revanche, l’un des vrais signes du vieillissement est qu’autour de soi, les gens que l’on aime commencent à partir. « Partir ». Sainte-Euphémie, puisses-tu rôtir en enfer. Ils ne partent pas, ils meurent.

Cela posé, voici cette histoire que je veux garder en mémoire.
Pour moi, elle recèle beaucoup de leçons et je sais que je n’ai pas fini de les tirer.
Je la partage au cas où d’autres peut-être, y trouveraient quelque chose. Je ne sais pas.

*   *
*

Il y a de cela 30 ans, il y avait Miliouchka. Une merveille de fille aux yeux noisette, qui parlait en grec antique à son chat, et dont, après avoir été l’ami – une des deux, trois, quatre ? pas plus en tous cas, vraies rares relations poétiques de ma vie –, j’étais devenu l’amant-amoureux-fou.

Et la meilleure amie de Miliouchka, une chinoise du nom de Ne-Tsing, (peut-être avec Miliouchka la personne la plus naturellement littéraire que j’aie rencontrée – l’une est devenue éditrice, l’autre auteur), avait aussi son amoureux. Un type étrange, tout mince, aussi grand que j’étais nain, avec des yeux un peu brillants, les ongles généralement en deuil et une barbe à la Raspoutine. DR-C3 était en maths sup bio.

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pfff…

aujourd’hui, je m’énerve sur man ray
hier, c’était breton
et demain, c’en sera un autre…

je crois bien
que tous ces maîtres en vérité,
ceux dont je respecte tant l’œuvre et le talent,
et qui ont ouvert des chemins…
je n’aurais rien eu à leur dire,
pour la plupart, je les aurais giflés
et pour quelques autres, les plus costauds ou les plus têtes à claques,
sans hésitation, ne seraient les représailles légales, esquintés

*

et me vient l’idée d’un voyage dans le temps ;
pour faire de la place sur mes étagères.

*


c’est une expérience triste hélas
pas systématique mais toujours actuelle
que la poésie des êtres
si souvent soit l’inverse de leur valeur humaine

je ne sais pourquoi

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engouffrance

chautauqua du matin

le matin, j’écoute ta respiration
si profonde, apaisante
qu’avec philosophie
– pas de quoi pleurnicher ou s’apitoyer –
je contemple ce gouffre
qui se creuse à l’intérieur
qui se creuse depuis toujours
(à moins que ne s’affirme, s’affine ? juste la conscience du gouffre)
que tu ne vois pas, que nul ne voit

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psychopathie onirique

Γνῶθι σεαυτόν.

Voilà qu’après plus d’un mois d’absolu mutisme, à me demander même comment j’ai pu écrire, un jour, plus de deux mots, une série de rêves ineptes et dont je me serais volontiers passé me fait repenser à tout ce qui suit.. et reprendre la plume.

Du chautauqua remonter à la question et de la question, aux mauvais songes.

*

Chautauqua

i.e. se répandre un peu pour y voir clair :
Γνῶθι σεαυτόν :

autant que possible ne pas se mentir, ni mentir tout court. Éliminer, avec les malentendus, ce ridicule miroir à deux faces que chacun brandit comme bouclier entre lui-même et autrui ; ou du moins, n’en restreindre par nécessité le port qu’au strict monde professionnel, et aux relations les plus extérieures de la société.

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automat

Question : qu’y a-t-il de plus opposé au zen ? – à l’absorption, à sa leçon gnoséologique et à sa vigilance acquiesçante et quiescente de chaque milliseconde à l’impermanence ?

Non, pas la dispersion dans le mouvement, le concept et leur tragique ; aussi vaniteux et exaspérant qu’ils puissent être.

Quelque-chose de beaucoup plus vulgaire. Une dilution.

Réponse au détour d’une note d’Eisenstein.

« l’esprit petit-bourgeois, c’est l’automatisme.
Substitution du « devenir » dialectique de chaque seconde par un « être-là » statique dégénérant inévitablement en train-train quotidien. Peu importe que ce soit sur le plan idéologique, créatif ou quotidien ».

 

Eisenstein, folio dactylographié non daté n°2-797 – Archives centrales d’art et de littérature de Moscou. Traduction établie par François Albera dans son ouvrage Eisentsein et le constructivisme russe, Sesto San Giovanni : Editions Mimesis, 2019. 474p.