sueño

Sans doute, mieux vaut vivre son rêve que rêver sa vie. Le productivisme et le goût de l’authenticité, deux choses dont il y aurait de quoi débattre, en tous cas le professent.

Et je sais que des foules d’arguments très forts vont dans ce sens et plaident l’escroquerie de l’artifice, le caractère à l’évidence (je ne le nie pas) pitoyable de la salle à manger d’un des Esseintes . L’idée ne date pas d’hier. Platon en était déjà tout obsédé, de cette vérité.

Seulement…. « vérité » ? ahahaha, ce mot.
Vérité, je ne sais pas…
Je voudrais, prétentieusement bien sûr, changer de point de vue et suggérer ceci : même le roi des philosophes n’est qu’un chaman, et comme tel ne s’évade qu’en rêve de sa caverne ; et ne se sert ensuite que des mots du rêve pour peindre l’Idée – son rêve de l’Idée. Pardonnez la platitude – et l’antiplatonitude – du propos – et de ce qui va suivre. Tout cela, qui m’est revenu en tête à l’occasion d’un échange avec une amie, hurle pour moi de longue date l’évidence, mais peut-être que ce ne l’est pas. Je veux en tous cas me le fixer par écrit pour pouvoir y revenir dans quelques années.

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a la sombra

comme un écolier apprend à lire, ou peut-être plus comme il caresserait l’échine de l’ombre, el hombre suit du doigt les lignes filoutes d’encres sombres, les cuivres bouillants de l’alhambic

ivresse de l’alhcool, les mots touchent : chaleurs, parfums, un rêve d’alhambra, et remeuglent du cœuremugle des nostalgies vagabondes d’il y a si longtemps, des nuits andalouses, des nuits à la douce, des oui dans la bouche

de l’ombre

révolus. Il y a si longtemps qu’el hombre et l’ombre ne sont plus à mots touchants ; et de l’ombre rien ne sort ; elle dresse des remparts, s’étend accompagnée de gardes, garde ses distances ; c’est que l’ombre n’est pas une trace, elle ne raconte rien ; et puis c’est ainsi, nulle ombre ne s’étreint ; l’ombre est intouchable

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chocolat à l’ancienne

« Comment on fait le chocolat à l’ancienne ? » demande la serveuse qui, il y a quelques instants, m’a apporté mon café. Elle travaille ici depuis deux, peut-être trois semaines. Son physique et son accent, la suggèrent d’un « pays de l’Est » – je ne saurais dire lequel, et aussi bien, je me trompe du tout au tout.

La semaine dernière je me suis déjà fait la réflexion qu’elle n’a pas l’air bien vive, mais je me suis gardé et me garderai bien de conclure sur ce point, ayant l’expérience de ma profonde idiotie lorsqu’à l’étranger, je tente de m’exprimer avec les vingt à trente mots de vocabulaire et expressions que les impératifs de survie et de politesse imposent d’apprendre.

Elle, en maîtrise plus de trente ; mais parle encore très mal le Français. En fait, elle ne comprend pas grand chose à moins que le client ne passe sa commande en parlant très lentement et en séparant bien les mots. La méthode est efficace, qui m’a permis d’obtenir mon grand crème et mon « pain chocolat ».

Mais là, il y a ce quidam, grand, mince, raide, chaussures ridiculement pointues et  gueule de cadre ; monsieur veut ce chocolat chaud à l’ancienne qui figure sur la carte.

Panique.

Comment on fait un chocolat à l’ancienne ? L’autre serveuse répond en soupirant à la nouvelle-qui-ne-comprend-rien : il faut mettre le lait dans la tasse et le chauffer, et chauffer le chocolat dans un petit pot séparé.

Panique.
– Où est le chocolat ?
– Chais pas, demande à Machine.
Machine, à l’évidence, est ce qui tient lieu de chef à cette heure matinale, et n’est donc pas en salle.
Panique.
La serveuse s’éclipse en courant – les chaussures pointues s’impatientent- retour de la serveuse avec une Machine qui maugrée : « je suis sûre que les garçons en ont préparé hier… Tiens c’est là. » Et les yeux de machine lancent des éclairs : le pot en plastique de base chocolatée trône, bien en évidence, à côté du percolateur. Les chaussures pointues s’impatientent davantage.
Panique.
La serveuse bafouille une excuse à Machine qui a déjà tourné les talons en soupirant. La serveuse contemple la mixture un peu figée au fond du haut récipient translucide et cherche un outil pour l’attraper. Le renard et la cigogne, enfin, la cigogne sans le renard. Elle jette son dévolu sur une espèce de longue cuillère en inox, de celles que l’on met dans les verres de sirop, l’été. Longue, mais trop courte pour cet usage, inadaptée. En se collant du chocolat plein les doigts, elle parvient à remplir le petit pot et l’enfourne dans le micro-ondes avant de retourner en courant prendre les commandes. Panique : il est 7h50, c’est la queue pour les croissants et les cafés à emporter.

Les chaussures pointues trépignent, mais il me semble que deux ou trois bonnes minutes passent. Le micro-ondes tourne et vrombit toujours. Je pense : ohlàlà. Les chaussures pointues tonitruent : « excusez-moi, mais vous n’auriez pas oublié mon chocolat ? » Si j’étais à leur place, j’en ferais sûrement autant.

Panique.

La serveuse revient. On dirait qu’il y a eu dans le four une explosion de chocolat à l’ancienne. Elle soupire, veut faire vite, attrape la tasse, la lâche brutalement. Maintenant, il y a même du chocolat hors du four. Elle attrape un torchon essuie le pot et remet du chocolat dedans. Les chaussures pointues sont hors d’elles ; pas grave : cette fois, plus de panique, la serveuse repasse le lait au bec de vapeur pendant que le chocolat chauffe, récupère le tout sur un plateau et l’apporte avec un « désolée pour l’attente » aux chaussures pointues qui, du haut de leur mètre quatre vingt dix la toisent exactement comme il convient de toiser la dernière-des-dernières-connes-de-la-création. Ce type m’insupporte même si je sais parfaitement qu’à sa place, une nouvelle fois, j’en ferais probablement autant. Lire la suite

cohérence, hein…

… l’infériorité consubstantielle des idéologies politiques (et partant de toute « idée politique », laissez-moi rire) : offrir ou prétendre offrir une vision « cohérente » du monde.

(Les religions ont la même prétention, avec pas moins de dialectique, je laisse Akaji Maro y revenir dans un instant).

Au rang de ces idéologies, je colle notamment le marxisme et l’imbécilité d’un matérialisme historique qui, pour être ponctuellement opératoire dans la description du ressort économique du rapport de force, n’en a pas moins débilement prétendu réduire le processus historique à la lutte des classes.

ne pas sous-estimer donc le nominalisme comme hygiène intellectuelle. Derrière tout monisme explicatif, toute représentation parfaite du monde, sommeille la stupidité la plus crasse.

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« catho de gauche » : malgré soi, toujours ?

Il y a cette opposition si virulente manifestée par les anarchistes et l’extrême gauche, notamment libertaire, aux religions en général ; au christianisme en particulier.

Je la comprends ; je me l’explique aussi assez bien – et certains dont l’insupportable et jargonneux Marcel Gauchet ont étudié mieux que moi comment l’État moderne s’est construit par une affirmation largement dialectique et paradoxale contre l’autorité traditionnelle de l’Église-catholique-apostolique-et-romaine.

En même temps, elle ne cesse de m’étonner. L’universalisme abstrait qui fonde l’humanisme de gauche s’est construit sur les valeurs chrétiennes. Et la très bien-pensante Kriegel faisant son marché sur les rayons de « la philosophie classique des XVIe-XVIIIe siècles » pour y trouver les fondements de sa Philosophie de la République ne démontrera pas le contraire.

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Duende

Je n’en ai pas fini. Ni avec le mot qui me hante depuis 1995, ni avec ce titre qui est un vieux désir. Ni avec Frederico García Lorca – dont j’ai vu les vertes balustrades un soir de magie, c’était dans dans un monde révolu, portées par une voix que j’emporterai dans la tombe. Je n’en ai fini avec rien de tout ça.

« Lorsqu’il voit arriver la mort, l’ange vole en cercles lents et tisse avec des larmes de glace et de narcisses l’élégie que nous avons vu trembler entre les mains de Keats, celles de Villasandino, dans celles d’Herrera, dans celles de Becquet, et dans celles de Juan Ramón Jiménez. Mais quelle est la terreur de l’ange s’il sent une araignée, même la plus minuscule, sur son tendre pied rose !

En revanche, le duende ne vient pas s’il ne voit pas de possibilité de mort, s’il n’est pas sûr qu’elle va rôder autour de la maison, s’il n’est pas certain qu’elle va secouer ces branches que nous portons tous et que l’on ne peut pas, que l’on ne pourra jamais consoler.

Par l’idée, par le son, ou des mimiques, le duende aime à être au bord du puits dans une lutte franche avec celui qui crée. L’ange et la muse s’échappent, avec un violon ou un compas, mais le duende vous blesse, et c’est dans la guérison de cette blessure qui ne se ferme jamais que se trouve ce qu’il y a d’insolite, d’inventé dans l’œuvre d’un homme. »

Le duende, pas de problème, ça se trouve encore

Moi, c’est la muse et l’ange qui m’intéressent.
Dommage. Aux dernières nouvelles les muses sont parties avec les elfes, et il y a belle lurette que les anges font le trottoir pour se payer leur dose.
Mais renoncer n’étant pas le genre de la maison, on va continuer de chercher.

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